Je commence en précisant que j’aime beaucoup ma belle-mère. Si, si c’est vrai…
La vie des autres

La bûche et la belle-mère, fable moderne

Je commence en précisant que j’aime beaucoup ma belle-mère. Si, si c’est vrai…

Ma belle-mère, elle est bizarre particulière, c’est pas un modèle standard. Elle est psychanalyste. Eh oui, les psychanalyste peuvent aussi être des belles-mères. Je ne sais pas si vous avez des psychanalystes dans votre entourage mais les quelques spécimens que j’ai pu rencontrer dans ma vie ont quelques points communs :

Le trait plus saillant que j’ai constaté est une capacité bluffante à agir selon son désir et pas selon la norme sociale attendue. Exemple : le psychanalyste part en vacances, il préfère prendre le train plutôt que la voiture. Ce sera sa femme qui se tartinera les 600 bornes avec les gosses qui braillent à l’arrière puisque son désir à elle est d’avoir une voiture à disposition (nonobstant le fait que la baraque est à 12 bornes du premier supermarché).

Le deuxième point commun, corollaire du premier, c’est une propension à se foutre totalement du regard des autres. Sa devise est « Je suis décalé. Et alors ? ». Est capable d’appeler son fils de 29 ans « Mon choupinou » dans un grand dîner mondain.

Enfin, le psychanalyste a un regard aiguisé et désinhibé sur ce(ux) qui l’entoure. Vous êtes au fond du trou : ne vous inquiétez pas, c’est votre inconscient qui en a besoin.

Noël 2011. Comme chaque année, je me dévoue propose pour organiser chez moi un réveillon de quinze personnes avec ma belle-famille et ma famille. Mais il y a un deal : je m’occupe de l’entrée et du plat principal, chaque entité familiale qui se joint à nous doit amener une bûche et une bouteille de champ’.

Pour ma belle-mère, cette fête est l’occasion pendant trois semaines d’écumer les meilleures pâtisseries de Paris pour goûter tous les modèles et choisir the perfect bûche. Je ne sais pas quelle mouche la pique, cette année elle souhaite que ce soient  mon mari et moi qui choisissions la dite bûche sur le site d’un fameux traiteur. Cette requête donne lieu à un coup de téléphone d’au bas mot une heure et quart pour nous lire par téléphone le descriptif de chaque gâteau, descriptif que nous avons par ailleurs sous les yeux puisque nous surfons sur le site du traiteur (à sa demande) pendant qu’elle nous fait la lecture. Et de nous faire ensuite son commentaire personnel sur chacune de ces compositions :

– Alors là, la ganache ça risque d’être gras. Qu’est-ce que tu en penses ? Mais d’un autre côté, les fruits rouges c’est sympa ».

C’est ç’laaaaaaa, oui…

Après moult palabres qui me donnent envie de hurler, nous nous décidons finalement pour un modèle 3 chocolats en forme de maison et recouvert d’une jolie guimauve qui simule la neige, c’est pour faire plaisir aux enfants (les miens). Ouf, le chapitre bûche est terminé ! Je raccroche en pensant que c’est vachement sympa de nous offrir une bûche hors de prix mais dont la féerie émerveillera les petits comme les grands.

Le lendemain, dring, dring. C’est ma belle-mère. Elle a réfléchi toute la nuit, dit-elle. Elle n’est pas tout à fait sûre de notre choix. Elle nous demande (pendant une demi-heure) ce qu’on pense de la bûche aux agrumes, plus légère sur nos délicats estomacs après la folle bombance de l’entrée et du plat de résistance. Okay, on ne va pas être aussi pénibles qu’elle chafouins pour si peu, va pour la bûche aux agrumes nettement moins spectaculaire (mais pas moins chère pour autant).

Une semaine après, dring, dring. C’est encore ma belle-mère. Elle appelle pour nous prévenir qu’après discussion avec ses filles (deux célibataires de 29 et 31 ans, demi-soeurs de mon mari lui-même né d’un premier mariage de mon beau-père. Vous suivez ?), il ressort que ces dernières veulent manger une bûche glacée et que Noël, c’est aussi pour faire plaisir à ses enfants à elle. Ce sera donc une bûche glacée aux marrons et chocolat blanc, toujours du même traiteur hors de prix excellent. Est-ce que j’ai de la place dans mon congelo pour stocker cette fantaisie pendant qu’on ripaillera ce que je me serais fait suée à préparer, la question ne lui effleure même pas l’esprit.

Donc mes enfants de 6 et 9 ans, dont un qui croit encore au Père Noël, peuvent aller se rhabiller chez plumeau. Pour une bûche qui était censée nous faire plaisir. Et pour laquelle elle nous a tenu la jambe au téléphone, au bas mot, 2h30 en tout, parce que notre avis était très important à ses yeux. Je suis scotchée.

MEEEEEERCI et joyeux Noël, Thérèse.

Noël 2012. Cette année, ma belle-mère a du comprendre que j’avais moyennement apprécié le sketch de l’année précédente, elle ne me consulte pas (ni mon mari) pour le choix de la bûche. Elle ne me prévient pas non plus de ce qu’elle amènera (notez que je m’en fous un peu, du moment qu’elle ne me retient pas au téléphone pendant des heures pour assister à ses conjectures bûchesques).

Dring. Non, ce n’est pas le téléphone. On est le 24 décembre au soir et ce sont mes beaux-parents qui arrivent leur bûche sous le bras. C’est un « Ice Cube » fait par un pâtissier bien connu sur la place de Paris, comprenez une bombe glacée de forme cubique enrobée d’une couche de meringue, le tout surmonté de fruits divers et variés. Une tuerie à faire entrer dans un des compartiments du congélateur. Passons.

Ma mère, elle, comme chaque année a amené sa bûche de Noël sans faire chier barguigner. Celle-ci repose dans le magnifique et hermétique emballage du traiteur choisi par ma belle-mère il y a un an. Je dépose le tout dans mon frigo et m’active sans plus y penser.

Arrive le moment du dessert. Je vais en cuisine dresser les fameuses bûches. J’ouvre la jolie boite de ma maman. Je n’en crois pas mes yeux : LA bûche que j’avais choisie il y a deux ans, avec sa guimauve blanche immaculée en guise de neige (ma mère ne l’a absolument pas fait exprès, elle était en dehors de toute l’histoire de 2011).

J’apporte les bûches sur la table. Et tous les convives, y compris mes deux belles-soeurs, de s’extasier : « Elle est trop belle la bûche au chocolat, on en veut, on en veut ! ».

WTF !!!!

J’ai dit en rigolant mais en fait pas tant que ça : « Cette bûche, elle est pour moi, mes enfants et mes parents. »

Bon allez, c’était Noël. Tous ceux qui en voulaient en ont eu de cette jolie et délicieuse bûche. Même ma belle-mère.

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